Rencontre avec Hamdi Al-Gazzar pour “Aux femmes”

Rencontre avec Hamdi Al-Gazzar pour “Aux femmes”
23/08/2018 Patrick Coltel

En plus d’accomplir un travail éditorial remarquable, les deux merveilleuses fondatrices de Belleville Editions, Marie et Dorothy (dont vous pouvez lire l’interview ici), ont, rien que pour nos abonnés, édité Aux femmes d’Hamdi Al-Gazzar en format poche ! Pour parfaire ce premier bonheur, elles ont aussi fait en sorte que l’auteur réponde à nos questions…Voici ses réponses !

Aux femmes belleville editions

MBB : Comment est née l’envie de ce livre, à la fois récit initiatique et déclaration d’amour aux femmes ?

HAG : Après avoir publié mon deuxième livre “Private Pleasures” (Plaisirs secrets), je me suis lancé dans l’écriture d’un roman historique sur Ahmad Ibn Touloun, qui a régné sur l’Égypte au IXe siècle. J’ai achevé la rédaction de l’ouvrage en deux ans, puis j’ai décidé de le laisser de côté pour Aux femmes, un roman complètement différent qui se situe dans le quartier à qui Ibn Touloun a donné son nom. J’avais tout simplement eu l’idée d’écrire un roman où chaque chapitre serait dédié à une femme : Rouheyya, Zoubida, Bata, Rim, etc. Voici le plan initial, qui a bien sûr maintes fois évolué lors de l’écriture !

Pour moi, écrire est une aventure qui décide d’elle-même. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai choisi le prisme des femmes, car j’avais beaucoup de figures féminines très proches de moi à l’époque de la création du roman. J’ai créé mon héros, Sayed, et je l’ai laissé vivre à Ibn Touloun, je l’ai suivi lorsqu’il rencontrait sa mère ou ses voisines, les femmes et jeunes fille du quartier, et nous avons écrit son histoire ensemble.

Toutes ces femmes représentent chacune un aspect différent de la vie d’un homme, y compris une déclaration d’amour. Il dépeint la plupart des relations et sentiments humains. Mais avant tout, c’est une histoire de la quête du véritable amour.

Itw Hamdi Al-Gazzar

Quel accueil Aux femmes a-t-il reçu en Égypte ?

Ce roman a élargi mon cercle de lecteurs habituel. J’ai reçu un très bel accueil de la presse, des plus grands journaux et magazines. Et encore aujourd’hui ! Il a d’ailleurs été récompensé du prix du meilleur roman égyptien 2014. Il est également très apprécié dans les cercles académiques, et même étudié à l’université. Je suis reconnaissant de ce succès.

Considérez-vous votre livre comme un ouvrage féministe ?

Je pense qu’il est réducteur de décrire un ouvrage avec un unique mot que ce soit “féministe”, “réaliste” ou “surréaliste”… On y perd l’essence d’un roman ! L’art de l’écrivain comprend bien plus que la description que nous en faisons. Même s’il est normal d’essayer d’exprimer les sentiments que l’on a ressentis pendant une lecture, cela reste une démarche réductrice à mon sens. Mais oui, Aux femmes est un roman aux fortes figures féminines et Sayed est un homme à la recherche de l’amour.

Vous êtes écrivain et aussi journaliste. Quelles évolutions de la société égyptienne constatez-vous, notamment par rapport à celle que vous décrivez dans votre livre ?

La société égyptienne a beaucoup évolué depuis cette époque, tout particulièrement depuis le nouveau millénaire, date à laquelle le roman s’achève. Depuis le début du XXIe siècle, les Égyptiens ont subi une tyrannie politique, une dictature, une détérioration de leur économie, de leur système éducatif et de santé… Puis la révolution du 25 janvier, pour réclamer une vie décente, de la liberté, une justice sociale. Une nouvelle page dans l’histoire du pays s’écrit encore chaque jour. Je pense que l’avenir est dans les mains d’une jeune génération qui aspire à vivre dans un état démocratique moderne et une société civile qui repose sur la liberté, la science et la technologie.

De quel autre auteur égyptien conseilleriez-vous la lecture à nos abonnés, et pourquoi ?

Il y a bon nombre d’auteurs égyptiens traduits en français : Tawfiq al-Hakim, Yahya Haqqi, Naguib Mahfouz, et plus récemment Sonallah Ibrahim, Ibrahim Abdel Meguid…

De ma génération, il y a également Mohamed al-Fakharany. Beaucoup de noms merveilleux qui contribuent à perpétuer la tradition de la belle littérature égyptienne.

Aux femmes est accompagné dans la box par “Le choeur des femmes” par Les débutantes de JC Sullivan et Le choeur des femmes de Martin Winckler. Si vous deviez conseiller une oeuvre (livre, film, bande-dessinée…) sur ce même thème, que conseilleriez-vous à nos abonnés ?

Le film Le Facteur d’Hussein Kamal, tiré d’une nouvelle d’un recueil de Yahya Haqqi (malheureusement non traduit en français).

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