Le cadeau du mois : les tirages du photographe Loïc Métayer

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Le cadeau du mois : les tirages du photographe Loïc Métayer
09/09/2017 My Book Box
Nos cadeaux

Ce mois-ci, pour accompagner le thème « Les copains d’abord », nous somme très heureux – et fiers – de vous faire découvrir le travail de Loïc Métayer, dont deux tirages photographiques ont été glissés dans My Book Box (avez-vous remarqué qui se trouve au centre de chacune des deux mosaïques ?…Quelle cohérence, n’est-ce pas ?). En plus d’être un brillant photographe, Loïc a accepté de nous consacrer du temps afin que vous puissiez le découvrir un peu plus, lui, ses images et ses goûts de (grand) lecteur. Lisez, il est passionnant ! 🙂

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Alors, ça fait quoi d’être dans My Book Box ?

C’est très émouvant, une consécration au même titre que recevoir la palme d’or, le Pulitzer, le Goncourt, la médaille Fields, d’un seul coup. Une carrière qui s’ouvre…et se conclut dans la foulée : une fois ce Graal atteint, que désirer de plus ? Au-delà de ces plaisirs narcissiques, c’est tout simplement un grand bonheur que d’apparaître dans ce bel objet dédié à la littérature, cette mystery box, désirée chaque début de mois, comme promesse de belles rencontres. Le moment phare mensuel…avec la fiche de paie !….

Depuis quand fais-tu de la photo ? Raconte-nous un peu ton parcours, l’évolution de tes pratiques…

Au tout départ, il y a un voyage à l’étranger, sans appareil, ni aucune envie d’en posséder un. Et puis un soir, au retour, l’inévitable séance des « photos de vacances ». Une évidence s’impose alors : nous n’avions pas vu, avec mes camarades, le même pays et je ne disposai d’aucune photo de « mon » voyage.. Afin d’éviter les frustrations qui s’annonçaient, j’ai donc décidé de ne pas compter sur d’autres pour illustrer les quelques moments d’évasion que des soirées dissolues et une vie professionnelle naissante mais supposée dense voulaient bien m’accorder.

Très rapidement, le noir et blanc s’est imposé. C’est l’époque (je vous parle d’un temps que les moins de…) du développement de ses premières pellicules argentiques dans des toilettes que l’on pensait, à tort, étanches à la lumière, de l’agrandisseur qui monopolise la salle de bain et pour le tirage, du bac de bain d’arrêt qui diffuse dans l’appartement des effluves de vinaigre, à l’origine de tant de conflits conjugaux.

Au final, je retiens toute l’importance de maîtriser chaque étape de la réalisation d’une image, de la prise de vue au tirage en passant par le développement du film. Il y a surtout ces soirées passées dans le labo, sous la lumière si particulière des ampoules inactiniques, ce plaisir presque plus riche que la prise de vue, ce pouvoir de faire dire à une image, en agissant sur l’étroit faisceau lumineux de l’agrandisseur, tout et son contraire.

Après quelques stages, visites d’expo, contemplation d’images, un nom devint référence : Cartier Bresson et son instant décisif : savoir intuitivement capter le 1/100è de seconde pendant lequel, dans ce format imposé de 24X36 cm, le désordre devient ordre – ou le contraire. J’ai donc trimballé très longtemps cette conception spontanée, « carnet de croquis », de la photographie qui met « sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur ». Tout un apprentissage pour affûter, affiner son regard, intuiter les choses.

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La fréquentation d’un photo-club m’a ensuite permis de commettre, dans la revue qui les fédère, une rubrique astucieusement dénommée «Photobiographie », pour laquelle je suis amené à rencontrer de grands noms du monde photographique. Des heures d’écoute, d’enchantement, d’approfondissement qui m’aident et m’incitent à trouver un chemin plus personnel. C’est la phase expérimentale, la volonté de sortir à tout prix du classicisme : des temps de pose volontairement longs pour des images diffuses ou dont le flash vient figer une partie, des polaroïds passés au four ou au congélateur durant leur temps d’apparition, pour craqueler ou faire fondre l’image,…

Comment est né ce concept de mosaïque, que les abonnés ont pu découvrir ce mois-ci dans la box ?  Que cherches-tu à raconter ?

Après 10 ans d’interruption, (le temps de la maturation, il faut ce qu’il faut…), grand retour de l’envie d’images. Le numérique, hérésie pour les puristes quelques années plus tôt, avait fait beaucoup de progrès et permettait une qualité d’édition et une souplesse de travail capables de séduire le fan d’argentique que j’étais. La couleur qui m’apparaissait jusque-là comme un leurre, détournant de la vraie profondeur d’une image, n’était plus mon ennemie. Plus que la volonté de transmettre quelque chose, la question de départ était : suis-je encore capable de porter un regard sur ce qui m’entoure, le zapping incessant devant la profusion d’images m’interdit il définitivement la concentration nécessaire à l’exercice photographique ?

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Quelques 24X36 de reprise pour s’échauffer, se rassurer un peu, puis vient le moment de trouver le chemin à emprunter. L’image seule, dans son cadre, ne me suffisait plus. En revanche la juxtaposition de bouts de photos permettant à chacun de recomposer mentalement à sa guise un lieu, un événement, une tranche de vie, voilà qui était tentant. Il me fallait également « libérer » l’image de son éternelle mise sous cadre dans une marie-louise. C’est pourquoi chacune d’elle est positionnée sur un carton plume afin d’obtenir, selon l’heure de la journée et la quantité de lumière de la pièce, une forme de relief différente, apporter un peu de mouvement à un support qui n’en connaît pas. Beaucoup d’essais pour aboutir à cette présentation carrée, composée de 9 petits carrés. Ce format offre une sensation de stabilité, l’image s’y sent à l’aise me semble-t-il, il en permet une lecture à la fois plus simple et plus resserrée. Ne restait plus qu’à entamer les sujets urbains qui me tenaient à cœur. Une série sur les parcs de Paris, afin de restituer, pour chacun d’eux, sa singularité. Donner à ressentir un lieu. Entamer un travail sur le street art, en utilisant les graffs, naturellement, mais également en le recherchant dans des affiches décollées, des décors de rideaux de fer, des personnages en vrac sur des étals de vide-greniers…

Quels sont tes photographes de référence, ceux qui t’ont donné et te donnent encore envie de faire de la photographie ?

Comme évoqué plus haut, il y a bien sûr, au départ, Cartier-Bresson, mais également, génération oblige, tout ce courant humaniste, ceux qui ont le « cœur dans les yeux » et donnent à voir « l’infiniment humain », disait Philippe Soupault : Brassaï, Boubat, Izis, Ronis et plus récemment Sebastiao Salgado.

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Et puis il y eut le choc de la photographie américaine, sa modernité, sa liberté, ses expérimentations, son engagement social, son radicalisme parfois : Walker Evans, William Eugene Smith, William Klein, Robert Frank, Friedlander, Erwitt, Kertesz. Cette liste se doit d’être complétée par le formidable travail de Dorothea Lange, Diane Arbus et Margaret Bourke-White, trois visions si personnelles et tellement intenses de leurs contemporains.

De Raymond Depardon j’ai retenu la force de l’errance, la possibilité de s’affranchir de «l’instant décisif » et l’importance de trouver la bonne distance.

Quelques artistes contemporains croisés au hasard de balades, au détour d’une galerie, le travail photographique de David Hockney, constituent désormais une source vigoureuse d’inspiration. S’affranchir des supports traditionnels, créer des passerelles entre les disciplines, voilà un champ d’investigation et de liberté tellement attirant.

Nous savons que tu es un grand lecteur. Quels sont les auteurs et les livres que tu préfères, qui t’ont le plus marqué ?

Ah, la question redoutée, pour laquelle « la sueur perlée agaçait mon dos en araignée lente » (Sorj Chalandon), car, insidieusement, elle révèle beaucoup de soi. Pour se défausser, il y a la méthode : « si vous me posiez la même question demain je vous donnerais une autre liste ». Mais pour My Book Box, pas d’esquive…

En premier lieu, il y a Camus, tout Camus. Rien d’original, inutile de faire l’article. Juste, pour prolonger les quelques mots autour de la photographie, deux citations : “On ne pense que par images. Si tu veux être philosophe, écris des romans.”, “Les sentiments, les images multiplient la philosophie par dix.”

Difficile, bien sûr, de passer sous silence Baudelaire, Rimbaud et René Char.

Deux écritures brûlantes : les révolutions stylistiques de Céline et l’oeuvre «abyssale et lumineuse» d’Antonin Artaud. Dans la foulée, moins pour les qualités littéraires que pour cette volonté de transformation radicale et jouissive de la société, leur portée subversive : les écrits des situationnistes.

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Trois femmes hors normes, inévitables : les deux Marguerite, Yourcenar et Duras, si divergentes. La perfection classique d’un côté, l’absence d’unité formelle et pourtant l’existence d’un style…«durassien» de l’autre. Et puis, en dépit ou peut-être grâce à ses imperfections, tout le parcours autobiographiquement réinventé (je ne suis pas peu fier de la formule) d’Annie Ernaux.

Pendant qu’on y est (fallait pas me poser la question), quelques auteurs et titres en vrac, comme ils viennent, touchant le monde du polar, de la nouvelle, l’amour du style et qui, à leur façon, viennent irriguer la littérature contemporaine : Nabokov, Kundera, Carver, Chateaubriand, Ellroy, Moby Dick de Melville, Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald et La Montagne magique de Thomas Mann…

Concernant les auteurs récents, mis à part tous ceux que proposent My Book Box, naturellement, et parmi de nombreux coups de cœur, j’ai un attachement particulier pour Sylvain Tesson. Une forme de proximité avec son regard sur la modernité, cet humour qui ne s’annonce pas et m’occasionne de délicieux moments de rires, dans le métro, comble de l’incongruité dans un Paris en voie de déshumanisation.

Le thème du mois est “Les copains d’abord”. Quel livre, quel film et quelle oeuvre musicale aurais-tu envie de conseiller sur ce thème ?

Le livre s’est immédiatement imposé : Les Camarades d’Erich-Maria Remarque, un bouleversant roman de l’auteur d’A l’ouest, rien de nouveau.

Pour le film, en dépit d’une accusation, que je peux comprendre, de contamination «par cette gentille insignifiance de petits bourgeois réfugiés dans leurs relations puériles», mon choix se porte sur Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet. Génération oblige.

L’«œuvre musicale» s’est avérée plus complexe à déterminer. Du côté du rock, rien d’évident. Pas plus en jazz ou en musique classique. Surgit alors cette rengaine : ” Avoir un bon copain” du film Le chemin du paradis. Avec ses paroles neu-neu, un poil misogynes, cette musique joyeusement entraînante, une orchestration des années 30, ces images de 3 potes en goguette restés pré-adolescents, gesticulant dans une voiture derrière laquelle le paysage défile sur un écran, voilà une perception de la camaraderie que l’on pourrait qualifier de délicieusement ringarde. Je sais, cela n’est pas digne du haut degré d’exigence de My Book Box, mais il faut savoir assumer quelques-unes de ses contradictions !

Si vous voulez en (sa)voir plus : https://loicmetayer6.wixsite.com/50×50

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