Book Box #37

Seuls au monde


Je veux cette Box !

Le thème du mois
« Seuls au monde »

Qu’elle soit choisie ou subie, préparée ou accidentelle, la solitude, en ce qu’elle pousse l’être humain à se retrouver face au monde et à lui-même, est un formidable ressort narratif. Qui de nous n’a pas secrêtement rêvé de se retrouver sur une île déserte ? Et si, fnalement, la solitude ne consistait pas uniquement à être seul ? Si elle pouvait être synonyme d’apaisement et de sérénité ? Interrogeons donc ce thème avec les trois livres de cette nouvelle box !

Le premier livre d’entre eux, Le mur invisible, est aussi une façon de rendre hommage à une autrice méconnue, l’Autrichienne Marlen Haushofer, qui écrivit ce petit bijou en 1963 – mais dont on a l’impression qu’il aurait pu être écrit hier, tant son écriture est prenante et moderne. Mêlant récit réaliste et situation inexpliquée, ce roman nous embarque dès les premières lignes : suite à un événement dont on ne connaîtra jamais vraiment la cause, la narratrice se retrouve livrée à elle-même, de l’autre côté d’un « mur invisible », dans un chalet de montagne. Dans son journal, elle nous livre le récit de cette expérience, de ce retour à la nature imposé – et de sa confrontation avec elle-même qui annonce à bien des égards, Dans la forêt de Jean Hegland. Lisez, et savourez.

Le deuxième livre  nous fait entrer dans l’univers de deux êtres que la solitude réunit dans un cercle d’obstacles mais aussi – et surtout – d’amour. Si le fils de Laurent Demoulin porte le prénom d’un célèbre naufragé, Robinson, c’est une autre île qui l’éloigne de la société : l’autisme. Dans ce récit composé de courts chapitres qui narrent la vie quotidienne du père et du fils et ne tombent jamais dans l’apitoiement, nous sommes propulsés, tant dans le rire que dans les larmes, au cœur de ce cri d’amour lancé par l’auteur – mais aussi cri de révolte, de fatigue et d’incompréhension face à une société qui les laisse souvent bien seuls. Un livre bouleversant.

Si les narrateurs du dernier roman choisi, Seules les bêtes de Colin Niel, parlent à tour de rôle dans une construction polyphonique qui nous fait progresser dans le récit, c’est pourtant la solitude de chacun d’entre eux qui émerge : plus qu’ensemble, c’est à côté les uns des autres qu’ils vivent. Le point de départ – l’enquête lancée pour retrouver une femme disparue – est la base d’un roman qui cherche surtout à mettre en avant la solitude du monde rural, les vies parallèles des êtres humains qui se croisent sans se voir, vivent ensemble sans se parler et, en ne se voyant plus les uns les autres, se déshumanisent – parfois jusqu’à la folie.

Auteurs in the box

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Marlen Haushofer

Née en 1920 (morte en 1970), elle passe son enfance dans une maison forestière. Après une courte période de service du travail obligatoire, elle étudie la philologie allemande.

Elle publie dans les journaux à partir de 1946 et obtient en 1952 son premier succès avec la nouvelle « La cinquième année » ; Le mur invisible (1963), reconnu à l’époque par la critique, sera sauvé de l’oubli des décennies plus tard.

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Laurent Demoulin

Né en 1966, il étudie puis enseigne à l’Université de Liège. Admirateur de Jean-Philippe Toussaint, Francis Ponge (sur lequel porta sa thèse de doctorat), ou encore de Georges Simenon (il est d’ailleurs responsable des Centres d’études et fonds Georges-Simenon de l’Université de Liège et a dirigé un numéro des Cahiers de l’Herne consacré à cet auteur).

Son premier ouvrage, Robinson, a reçu le prix Victor Rossel en 2017.

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Colin Niel

Né en 1976 à Clamart, il est diplômé en biologie de l’évolution et écologie. Ingénieur agronome, du génie rural et des eaux et forêts, il a travaillé pendant plus de 10 ans dans la préservation de la biodiversité.

Son roman Seules les bêtes (en cours d’adaptation pour le cinéma) est son premier ouvrage ne faisant pas partie de sa série policière guyanaise (Les hamacs de carton, Ce qui reste en forêt…). Il vit actuellement à Marseille.

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