En avant la musique avec le Trio Sora !

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En avant la musique avec le Trio Sora !
11/10/2019 My Book Box
Interviews

Fondé en 2015 à Paris, le Trio Sora est un ensemble féminin et charismatique offrant une identité artistique parmi les plus séduisantes de sa génération. Composé de Clémence de Forceville (violon), Angèle Legassa (violoncelle) et Pauline Chenais (piano), ce trio a déjà été invité à se produire sur de prestigieuses scènes internationales (Wigmore Hall et Southbank Center de Londres, Konzertverein de Schwerin, Festival de Verbier, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Philarmonie de Paris…). Ces jeunes et brillantes musiciennes ont gentiment accepté de répondre à nos questions sur la musique et la littérature, à l’occasion de la parution de My Book Box “En avant la musique !”

En quelques phrases, pouvez-vous nous raconter votre parcours et comment vous êtes devenues de jeunes et brillantes musiciennes ?

Pauline Chenais : C’est une longue histoire qui remonte à bien avant ma naissance ! Lorsque mes parents ont emménagé dans la maison dans laquelle je naitrai quelques années plus tard, ils ont eu l’envie d’y faire venir un piano, ma maman n’ayant pu en faire lorsqu’elle était petite. Elle a commencé à s’exercer tous les jours et à recevoir des leçons hebdomadaires par un professeur qui venait à la maison. J’ai donc goûté à la musique depuis le ventre de ma maman, et dès mon plus jeune âge, je m’installais régulièrement au piano. A 3 ans je réclamais des leçons, et 6 mois plus tard je commençais le piano, pour ne plus jamais m’arrêter ! J’ai donc reçu des leçons particulières jusqu’à mon entrée au Conservatoire de Tours, puis je suis partie étudier au Conservatoire National Supérieur de Paris, où j’ai rencontré mes collègues. Ma vie d’apprentie musicienne ne s’est pas résumée à Tours et à Paris, puisque nous menons des vies remplies par le voyage: j’ai ainsi étudié avec de grands Maîtres à Salzbourg, Berlin, Bruxelles, Verbier, Aix-en-Provence, etc …

Clémence de Forceville : J’ai commencé le violon à l’âge de 4 ans et j’ai eu un très bon professeur dès le plus jeune âge, qui m’a fait aimer le violon et la musique. Aussi loin que je m’en souvienne, le violon a toujours fait partie de ma vie. Je jouais tous les jours, partais en vacances avec.. puis j’ai intégré le conservatoire régional de Paris en parallèle de l’école à horaires aménagées. Puis le conservatoire supérieur où il est devenu clair pour moi que j’en ferais mon métier. J’ai étudié de longues années, notamment à Berlin où j’ai pu élargir mon horizon et ma formation artistique. Etre musicien c’est toujours continuer à apprendre et se perfectionner.

Angèle Legasa : J’ai grandi dans une famille d’artistes : deux parents chanteurs lyriques, un petit frère danseur. L’art, quel qu’il soit, a toujours eu grande place à la maison ! C’est ainsi que j’ai commencé à 7 ans la musique, au conservatoire de Saint-Denis (93).
Je me souviens qu’au départ, comme beaucoup d’enfants, c’était le violon qui m’attirait… mon cher papa, ancien contrebassiste, a eu une belle prédiction en me disant que, peut-être, le violoncelle était un instrument qui me conviendrait mieux ! (Il avait sûrement trop peur du son de violon d’un débutant à la maison…) J’ai suivi son conseil, et la plus grande histoire d’amour de ma vie a commencé…!

Quels sont vos compositeurs classiques préférés ? Pourquoi ?

PC : Je porte particulièrement Beethoven dans mon coeur, pour moi c’est un des compositeurs les plus modernes et audacieux par rapport à son époque. J’aime particulièrement sa sensibilité, son humour, son goût pour les contrastes. C’est un génie inégalé qui a repoussé les limites des structures formelles de l’époque classique, perfectionniste, rarement satisfait; un homme passionnément amoureux des femmes, éternel célibataire. Sa musique est universelle et évoque pour moi le cosmos.

CdF : Mozart: une musique incroyablement pure, céleste, c’est la perfection même. Je trouve qu’il y a dans sa musique une lumière, une humanité, quelque chose d’universel qui me réconforte. Wagner: je suis grande amatrice d’opéra, et les 4 operas de l’Anneau du Nibelung ont été un coup de foudre, lorsque je les ai joués au sein d’un orchestre, une émotion incroyable. Sa musique est tellement majestueuse, c’est comme un immense paysage à contempler, aux profondeurs infinies. Debussy: Debussy est mon compositeur français préféré. Sa musique est concise, sans superficialité, et pleine de poésie et d’émotion. Étrangement elle résonne en moi comme des souvenirs d’enfances.

AL : Beethoven et Ravel.
Beethoven pour sa personnalité des plus étonnantes, il est à la fois révolutionnaire, veut casser tous les codes, est comme une tornade dans le monde musical, et à la fois d’une sensibilité et d’un amour pour la nature, la vie (malgré le fait qu’il soit devenu sourd !) rarement égalés. Il travaille des motifs simples et les transforme en chefs-d’œuvre… c’est comme un architecte qui construirait le plus beau palais du monde avec de simples morceaux de bois !
Ravel, a l’inverse, est plus réservé. Dans sa musique, la délicatesse, la sensualité et l’immense palette de couleurs sonores sont d’une puissance extraordinaire, nous rappelant les plus beaux tableaux impressionnistes, les plus beaux paysages français, basques, espagnols et asiatiques, ses grandes sources d’inspirations ! Cette musique a un pouvoir hypnotique…

Quels musiciens actuels (interprètes ou compositeurs) sont pour vous des sources d’inspiration ?

PC : Lorsque j’étais petite, je possédais des disques de musique classique, que j’écoutais en boucle; aujourd’hui j’ai eu l’immense honneur de pouvoir rencontrer et travailler avec certains de ceux que j’admirais quand j’étais plus jeune : le formidable Quatuor Ebène, un des meilleurs quatuor à cordes d’aujourd’hui; le pianiste Menahem Pressler, fondateur du Beaux Arts Trio, premier de la lignée des groupes de trios avec piano qui existe désormais grâce à lui; l’altiste Mathieu Herzog, altiste et chef d’orchestre, « gourou » des groupes de musique de chambre de notre génération, plus grande source d’inspiration que j’ai rencontrée; ainsi que le grand pianiste Andras Schiff, dont le concert au Festival de Verbier en août 2018 fût une véritable révélation.

CdF : J’ai une grande admiration pour le compositeur et clarinettiste Jörg Widmann, sa musique est inclassable, énergisante et surtout accessible et agréable d’écoute! Daniel Barenboim est également une source d’inspiration pour moi, en tant que pianiste il sait transmettre des émotions comme personne, mais aussi il est un immense chef d’orchestre.

AL : Le Quatuor Ebène, sans aucune hésitation. Pour moi c’est le travail de musicien le plus abouti : chaque phrase nous va droit au cœur, on oublie qu’on est dans une salle de concert le temps d’une soirée, et leur audace, leur virtuosité et leur sensibilité sont tout ce que j’aime le plus en musique !

Quel(s) musiciens préférez-vous interpréter avec votre Trio ? Pourquoi ?

PC : Les mêmes qu’à la deuxième question !

CdF : Les trios de Beethoven sont pour moi parmi mes œuvres favorites à interpréter. C’est une immense joie et un grand challenge, tant cette musique est versatile, profonde et contient tant de différentes émotions. Elle requiert le meilleur niveau technique mais également beaucoup de finesse et de réflexion pour appréhender toute la richesse de cette musique.

AL : Quand j’y pense, je crois que ça rejoint mes deux compositeurs favoris ! Ravel et Beethoven… sans oublier quand même Brahms et Schubert.
Ravel et Beethoven, pour les mêmes raisons que dans la deuxième question.
Brahms nous emporte dans une immense vague de sons et d’harmonies toutes plus belles les unes que les autres, où chaque instrument a un rôle expressif très important. Un voyage dans les profondeurs sonores d’un compositeur fou d’amour pour l’épouse d’un ami : Clara Schumann.
Schubert, c’est pour l’élégance de sa musique, son charme, sa simplicité si parfaite qu’elle en est supérieure à toute complexité de beaucoup de compositeurs, son inspiration dans les chants folkloriques, que nous sommes si gourmandes de sa musique !

Lorsque vous mettez de la variété à fond dans votre salle de bain, c’est pour écouter quoi ?

PC : J’adore danser et chanter (fauxx!) avec Nina Simone, Etta James, Aretha Franklin, Billie Holiday, Madeleine Peyroux, Melody Gardot, Dusty Springfield, entre autres !

CdF : Les Beatles! Une vrai bulle d’énergie !

AL : Yaelle Naim.

L’idée de My Book Box repose sur les concepts de surprise et de curiosité ; si vous deviez conseiller et faire découvrir à nos abonnés une oeuvre musicale méconnue, quelle serait-elle et pourquoi ?

PC : « Give Me Phoenix Wings To Fly » de la compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy, une oeuvre enflammée et rock’n’roll que l’on adore jouer !

CdF : Je conseillerai Continuum de Ligeti, une pièce écrite en 1968 pour clavecin. Ligeti tente d’y reproduire un son continu, ce qui est physiquement impossible sur un clavecin, en juxtaposant une série continue de notes très courtes. Cette pièce est comme un trompe-l’oeil, il s’en dégage une intensité extrême, un son schizophrène inquiétant.

AL : Je conseille le trio “Give Me Phœnix Wings to Fly” de Kelly-Marie Murphy. Une compositrice canadienne absolument géniale qui vous fera vibrer, danser, chavirer comme une musique de film ! L’histoire du Phœnix en trois mouvements.

Alors, on le sait, c’est une question impossible mais on vous la pose quand même : si vous deviez emporter une seule oeuvre musicale sur une île déserte, ça serait laquelle ?

PC : Question impossible, à laquelle je réponds malgré tout : je choisirais le quatuor Op.59 n°1 de Beethoven. A ceux qui se demandent « pourquoi ? », il ne vous reste plus qu’à aller l’écouter !

CdF : J’emporterai La Traviata de Verdi avec moi: les plus belles mélodies italiennes, une douce nostalgie…

AL : C’est en effet impossible, et j’ai donc décidé de répondre différemment à chaque fois qu’on me pose la question ! Aujourd’hui, je partirais avec le Quatuor op.59 n.1 de Beethoven.

Parlons maintenant un peu littérature : quels sont vos auteurs et/ou styles de littérature préférés ?

PC : Je suis une grande lectrice: toujours un livre dans mon sac, et toujours plusieurs livres dans ma valise lorsque nous voyageons avec le trio, mais je ne crois pas avoir un style de littérature préféré. Je me laisse porter au gré de mes inspirations lorsque je rentre dans une librairie ! Si je peux citer quelques auteurs ou livres qui m’ont marquée, je dirai Zola pour les grands classiques, Alfred de Musset pour la poésie, et le sublime Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand pour le théâtre. En littérature moderne, j’ai récemment lu « Dites-leur que je suis un homme » de Ernest J. Gaines qui m’a bouleversée.

CdF : J’ai une préférence pour le roman et la nouvelle. Parmi mes auteurs préférés il y a Jack London, qui fut un auteur engagé s’inspirant de sa propre vie de misère, mais aussi un amoureux de la nature et des grandes aventures. Il y a également Edith Wharton, son livre « Chez les Heureux du Monde » reste un de mes romans préférés, la psychologie des personnages est saisissante.

AL : Très difficile ! J’ai récemment eu des coups de foudre pour Haruki Murakami et Jonathan Safran Foer, deux mondes complètement différents ! J’aime aussi beaucoup les polars, et le fantastique.

Quel est le livre qui se trouve en ce moment sur votre table de chevet ? 

PC : « Beauté fatale – Les nouveaux visages d’une aliénation féminine » de Mona Chollet, éditions La Découverte. Après avoir lu son percutant « Sorcières – La puissance invaincue des femmes » cet été, cette lecture me paraissait indispensable.

CdF : Aaron Appelfeld: Les Partisans

AL : Betty Smith, Le lys de Brooklyn. New-York dans les années 1910…

Le thème de la box d’Octobre étant « En avant la musique ! », pourriez-vous conseiller à nos abonnés un livre (qui peut être un roman, un recueil de nouvelles ou de poésie, une bande-dessinée…) et un film (ou une série TV) autour de ce thème ?

PC : Sans hésitation l’inoubliable « Amadeus » de Miloš Forman, qui montre admirablement bien le génie de Mozart ainsi que son caractère facétieux ! Ainsi que « Le Pianiste » de Roman Polanski, que j’ai dû voir une dizaine de fois.
Au delà de la musique classique, j’ai aussi adoré « Buena Vista Social Club » de Wim Wenders et « Whiplash » de Damien Chazelle, et le pétillant « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder !
Une véritable partition musicale de déroule dans « L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera, avec notamment la référence au fameux « Muß es sein? Es muß sein! » (Le faut-il? Il le faut) tiré du quatuor n°16 op.135 en fa majeur de Ludwig van Beethoven; et enfin, « Novecento : pianiste » d’Alessandro Baricco, l’histoire d’un homme né sur un bateau, qui préfère mourir plutôt que de poser un pied à terre et de quitter son piano.

CdF : Je recommande le film Melancholia de Lars von Trier: la musique de Wagner (Tristan et Isold) et l’image sont en osmose totale, et la musique sublime l’image. C’est un des rares exemple où le visuel ajoute une charge expressive à la musique sans la limiter.

AL : Pour tous ceux qui souhaiteraient découvrir le travail d’un musicien avant de le voir en concert, tous les secrets d’avant scène et de la préparation d’une œuvre, sans prise de tête à travers une belle histoire romancée, l’Amateur de Jérôme Pernoo est la meilleure façon de découvrir nos coulisses !

En Octobre 2020, le Trio Sora sortira un triple disque des trios de Beethoven chez Naïve.

D’ici là, suivez leur actualité et date de concert :

– sur leur site : http://triosora.com/

– Sur leur page Facebook, Twitter et Instagram

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